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Game of Thrones

 

 

 

6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 12:41

Publiée dans le DW Annual 2011 - Traduction non-officielle.

Illustrations: Tomislav Tomis

 

 

Tu voulais savoir à quoi ressemblaient les contes de fées Gallifreyens, Pond, et bien, voilà! Voici celui dont je t'ai parlé quand on a rendu visite à Vincent Van Gogh!


  BlindFuryPageOne.jpg

 

Rage aveugle

 

Fils de Gallifrey, Ne Dormez Plus!

 

Dans les anciens temps, alors que Rassilon était encore jeune, la Mort est venue sur Gallifrey. Elle a envoyé son messager dans un village dans les contreforts des montagnes Gallifreyennes.

 

Le village s'appelait Slothe, et ses habitants répondaient au même nom. A chaque nouvelle génération, les enfants devenaient plus fainéants que leurs parents. Ils n'avaient aucune attirance pour le travail de ferme ou le commerce, et aucun respect pour le monde autour d'eux. Pourquoi iraient-ils récolter, alors que la nourriture qu'ils voulaient poussait en abondance dans les forêts et les champs? Pourquoi iraient-ils s'ennuyer avec des animaux de ferme alors que le broakir sauvage pouvait être chassé dans les montagnes, et qu'ils pouvaient pêcher les poissons chantants dans les rivières? Les gens cueillaient les fruits des ulandas aux feuilles argentées et ils pillaient les nids des trunkikes pour y prendre les œufs et les jeunes oisillons.

 

Mais pour toutes ces choses qu'ils chassaient et pêchaient dans la nature, les habitants de Slothe n'avaient jamais pris la peine de faire quelque chose en retour. Ils profitaient de leurs vies faciles, prenant plus qu'ils avaient besoin. Quand les arbres étaient vides, il y avait toujours d'autres arbres. Quand la rivière était vide, ils en trouvaient une autre. Quand la forêt ne résonnait plus des échos des cris des broakir, ils chassaient un peu plus loin...

 

Et au fil des années, les trunkikes déménagèrent leurs nids, et les poissons allèrent nager dans d'autres rivières. Les ulandas ne produisirent plus de fruits et commencèrent à pourrir jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un... Par leurs actes irréfléchis, les habitants avaient amené la Mort sur eux-mêmes - avaient amené le Messager de la Mort dans le village de Slothe.

 

Trois fois, le Messager de la mort visita Slothe. La première fois, il vint la nuit et emporta les âmes d'une douzaine de villageois. Il laissa leurs corps brisés et ravagés. Les habitants trouvèrent leurs proches le lendemain, et pleurèrent leur perte. Pour la première fois, les habitants de Slothe apprenaient ce qu'était le manque. Ils n'avaient plus de viande ni de poisson, ni de fruits, ni d'œufs. Et maintenant ils se perdaient eux-mêmes.

 

La deuxième fois que le Messager de la Mort rendit visite aux habitants de Slothe, il vint en plein jour. Mais personne ne le vit, ou du moins personne de vivant. Il est dit que seuls les gens qu'il emporte peuvent voir le Messager de la Mort au moment de leur mort. Ceux-là aperçurent un éclat de ses dents, ses griffes, sa rage alors qu'il les faucha. Ils virent son ombre s'étirer sous le coucher du soleil, et son reflet dans la rivière vide, et ils surent que la mort avait envoyé son monstre pour plier les habitants du village à sa volonté. Il traversa le village et ne laissa derrière lui que cœurs brisés et misère. Ses victimes furent les plus jeunes, les plus forts, les plus vigoureux - et bientôt il ne resta plus aucun homme pour lutter contre le monstre.

 

Plus personne, à part Presus, le fils du prélat du village. Presus était le plus fainéant de tous les jeunes hommes de Slothe. Il dormait jusqu'à midi, et fonctionnait au ralenti les après-midi. Il mangeait et buvait toute la soirée et jusque tard dans la nuit avec ses amis et ne s'inquiétait pour personne d'autre que lui-même. Même les gens de Slothe pensaient qu'il était fainéant.

 

Mais Presus était le fils du prélat, et le plus fort des fils survivants de Slothe. Les habitants qui avaient pu échapper au monstre envoyé par la mort jusque-là vinrent trouver Presus. Ils vinrent le supplier de trouver et du tuer le monstre que la mort avait envoyé. Mais Presus les envoya paitre.

 

Ils revinrent, et encore une fois, Presus le Fainéant refusa de les écouter. Quand ils vinrent une troisième fois, Presus les ignora et descendit prendre un bain dans la rivière.

 

BlindFuryPageTwo.jpg

Il se prélassa dans l'eau tiède pendant des heures, sans accorder une seule pensée à la situation difficile de ses camarades villageois. Jusqu'à ce que, reflété dans l'eau, il voie le Messager de la Mort. Il aperçut les terribles griffes et les horribles dents. Il savait que personne ayant vu l'affreuse créature avait survécu. Craignant pour sa vie, Presus glissa hors de l'eau et se mit à courir. Malgré sa fainéantise, Presus était fort et rapide et silencieux, et il courut jusqu'au village, laissant le monstre loin derrière.

 

Il ne s'arrêta qu'une fois qu'il eut atteint sa maison. Il verrouilla la porte. Puis il se retourna et vit la silhouette qui se tenait dans l'ombre derrière lui. Pendant un instant, Presus pensa que la Mort Elle-même lui rendait visite. Puis il reconnut le visage qui s'avançait dans la lumière. C'était une vieille femme - la voyante vagabonde dont Presus et ses amis se moquaient en riant.

 

La voyante  était proche de la mort. Ses vêtements étaient déchirés et son corps fragile saignait à mort des blessures que le monstre lui avait infligées. Presus lui demanda si elle était venue se cacher du Messager de la Mort. Mais la Voyante répondit à Presus qu'elle était venue pour lui.

 

Elle dit à Presus que sa vie touchait à sa fin ainsi que celle du village. Mais avant de mourir il avait une chance de faire quelque chose de bien - de renvoyer le monstre à la Mort avec un message de la part du village de Slothe et des habitants de Gallifrey. Ce message disait que la Mort ne s'abattrait pas toujours sur eux, qu'un jour ils trouveraient un moyen d'échapper au sommeil glacé de la Mort. Les enfants de Gallifrey ne dormiraient plus.

 

Sa vie s'enfuyant, la Voyante emmena Presus hors de chez lui, et lui montra que le village était vide. Pendant qu'il se baignait dans la rivière, ne pensant qu'à lui-même, le monstre avait visité le village une troisième et dernière fois. La Voyante montra à Presus l'endroit où les villageois étaient morts sous les griffes du monstre. Et Presus vit que deux des corps étaient ceux de son propre père et de sa propre mère.

 

Puis, enfin, Presus compris quel était son destin. Dans sa rage aveugle, il retira la longue épée du mur de l'Opticon, le lieu de rencontres du village. Il recouvrit le bouclier de son père de feuilles d'ulanda pour qu'il brille d'argent sous la lumière des soleils jumeaux. Une fois fait, il se retourna vers la Voyante, attendant son approbation. Mais la vieille femme gisait morte sur l'herbe rouge devant l'Opticon.

 

BlindFuryPageThree.jpg

Alors Presus partit seul chercher le monstre. Il le suivit à travers les pentes enneigées de la montagne, voyant ses empreintes invisibles se refléter dans le bouclier. Presus vit le monstre se tourner dans sa direction comme s'il le cherchait. Il regarda droit vers lui, mais ne fit rien jusqu'à ce que Presus lui dise qu'il était venu le renvoyer à son maitre, la Mort.

 

Il y eu alors une grande bataille. Presus, armé seulement de son épée et de son bouclier, lutta contre le monstre avec ses griffes et ses dents. Le jeune héros de Slothe regardait le reflet du monstre dans son bouclier alors qu'il se battait. Il taillait et plongeait dans les ombres et dans l'air vide. Et dans le même temps, dans son bouclier, il voyait couler du monstre un sang jaune.

 

Pendant trois jours et trois nuits ils combattirent à travers les contreforts des montagnes de la Solitude. Ils ne dormirent ni ne se reposèrent, ne mangèrent ni ne burent. Leurs souffles devinrent halètements, et leur sang coulait de leurs blessures dans la neige blanche. Mais Presus se battait avec une rage aveugle née de la mort de ses parents et du sort de son village entier. Il se battait pour eux, non pour lui-même.

 

Pour la première et dernière fois de sa courte vie, Presus le Fainéant se battait pour les autres. Il chassa le monstre à travers monts et vallées, à travers forêts et lacs. Il n'accorda aucun répit, ne ressentit aucune pitié, n'eut peur de rien - pas même de perdre sa propre vie. Jusqu'à ce que finalement, il enfonce profondément son épée dans la poitrine du monstre, et que meure le Messager de la Mort.

 

Alors Presus lança au loin son bouclier. Il brisa en deux son épée. Affaibli par la bataille et par ses blessures, il tituba jusqu'au village désert de Slothe. Avec ses dernières forces, il rassembla les corps de sa mère, de son père et des autres habitants et leur construisit un grand bûcher funèbre. On dit que lorsqu'il alluma le feu, la fumée fut visible à travers tout le Continent de l'Effort Sauvage.

 

Tandis que les flammes se mourraient et que les soleils disparaissaient derrière les sommets des montagnes enneigées, Presus se reposa enfin. Il s'étendit et s'endormit près du bûcher. Et dans ce sommeil, il rêva de son père et de sa mère morts, et des villageois. Il rêva de la Voyante et de son combat contre le Messager de la Mort - de la manière dont il avait vaincu la mort et accompli la prophétie de la Voyante et comme les fils et filles de Gallifrey n'avaient plus à craindre la mort.

 

Et Presus rêva de la sombre silhouette faite d'ombre qui se dressait, le regardant à travers les flammes mourantes - tenant un sablier dans une main, et une épée brisée dans l'autre.

 

Aujourd’hui encore, il est toujours en train de rêver.

 

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Publié par Melyssa in the Attic - dans Short Stories
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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 10:27

doublefleche2

PARTIE 2   

 

L’étagère du haut était celle où ma Tante gardait toutes ses vidéos. Elle ne regardait presque jamais la télé, sans parler de vidéos, alors elles étaient pleines de poussière. Et tout au fond, presque coincée dans l’espace entre l’étagère et le mur, il y avait une cassette qui semblait être restée là pendant longtemps. Et collé dessus, un post-it. Il disait ‘FAO Sally Sparrow’.


Je l’ai glissée dans le magnétoscope et j’ai baissé le son de la télé, pour ne pas réveiller ma Tante.

Et là, souriant comme un idiot dans la télé, il y avait l’homme des photos. ‘Salut, Sally Sparrow ! Des questions ?’

Il était assis dans ma chambre ! Sauf que les murs étaient nus, et il y avait un escabeau au milieu de la pièce, comme si quelqu’un était entrain de décorer. Je pouvais entendre les bruits de la fête en bas, et je me demandais si c’était la fête de 1985.

‘Et bien, allez, Sally !’ disait l’homme, ‘Tu dois avoir des questions ! Moi j’en aurais.’

Je fronçais les sourcils. Il n’y a pas tellement d’intérêt à poser des questions quand l’homme à qui on les pose ne vous entend pas !

‘Qui a dit que je ne t’endendais pas ?’ sourit l’homme.

Je le fixais ! Je pense que j’ai probablement dégluti. Mes sourcils étaient probablement montés au sommet de mon crâne. C’était ridicule, c’était impossible. Je n’avais même pas parlé à voix haute.

‘Non, c’est vrai,’ dit l’homme, vérifiant une feuille de papier, ‘tu l’as juste pensé.' Il regarda de nouveau la feuille. ‘Oh, et ouais, tu as dégluti.’

‘Qui êtes-vous ?’Balbutiais-je.

‘C’est mieux comme ça, maintenant on y est. Je suis le Docteur. Je suis un voyageur temporel et je suis coincé en 1985, et j’ai besoin de ton aide.’

J’avais tellement de questions qui tournaient dans ma tête que je ne savais pas par laquelle commencer.

‘Comment vous êtes-vous retrouvé coincé ?’ dis-je.

J’ai garé ma machine temporelle dans le cabanon de ta Tante. J’étais en train de la fermer à clé et elle a… et bien, roté.’

‘Roté ??’

‘Oui, roté. Ça l’a envoyé 20 ans en arrière. Je déteste quand ça arrive.’


J’ai regardé par la fenêtre vers l’endroit où le cabanon de ma tante se dressait au fond du jardin. Et j’ai remarqué qu’il y avait quelque chose qui brillait à la fenêtre. D’un seul coup j’ai eu un petit peu peur. ‘Alors elle est là hein ?’sally3a.jpg

‘Exactement. File dans le cabanon de ta Tante, tu trouveras une grosse boite bleue, la clé toujours dans la serrure. Je pourrais juste traîner dans le coin pendant 20 ans et venir la chercher moi-même mais je ne voudrais pas qu’elle tombe entre de mauvaises mains.’ Il se pencha vers la caméra, et ses yeux se mirent à brûler. ‘Et je sais que tu n’es pas de mauvaises mains, Sally Sparrow. Donc je veux que  tu me la renvoies !’

 

 

J’avalais difficilement. C’était complètement bizarre.

Il jeta un nouveau coup d’œil vers son papier. ‘Tu as une autre question, je crois.’

Il avait raison. ‘Vous êtes sur une bande vidéo. Comment vous pouvez m’entendre ??’

Il sourit. ‘En fait, je ne peux pas. Je n’entend rien du tout. Il se trouve simplement que je sais tout ce que toi et moi allons dire pendant toute cette conversation.’

‘Comment ??’

‘Parce que Mary Phillips a fait une chanson sur tes cheveux.’


Je pouvais à peine respirer assez pour gémir.

‘Et tu l’as frappée, n’est-ce pas, Sally Sparrow ? Et alors tu as été punie ?’

Mon visage était brûlant. Comment pouvait-il savoir tout ça ? Je ne l’avais même pas dit à Papa et Maman.

‘Tu as eu un devoir à faire pendant les vacances de Noël. Une rédaction sur ce que tu avais fait pendant les vacances.’ Il sourit. ‘Et j’en ai une copie !’

C’était la partie la plus bizarre de l’histoire. Parce qu’il brandissait une copie de la rédaction que je suis entrain d’écrire là maintenant !!

‘Je sais tout ce que tu vas demander en regardant cette vidéo, parce que j’ai lu la rédaction que tu as écrit à ce sujet. C’est comme ça que j’ai su quoi écrire sur le mur – tu dois me montrer où exactement, au fait – et c’est comme ça que j’ai su à quel nombre tu pensais.’

‘Mais… mais…’ je pouvais à peine penser. ‘Comment avez-vous eu une copie de mon devoir de vacances ! Je ne l’ai même pas encore écrit !!’

‘Je te l’ai dit, je voyage dans le temps. Je l’ai eu dans le futur. D’une jolie femme sur un balcon à Istanbul.’ Il sourit, comme si c’était un souvenir agréable. ‘Elle était une sorte d’espion, je crois. Un femme incroyable ! Je venais de me battre à l’épée contre deux Sontarans sur le toit, et elle m’avait sauvé du deuxième. Puis elle m’a donné ton devoir de vacances et m’a dit de le garder toujours sur moi, parce que j’en aurais besoin un jour.’ Il sourit. ‘Elle avait raison !!’

Une espionne, dans le futur, allait avoir une copie de mon devoir de vacances ? Vous parlez d’une pression !


Il regardait sa montre. ‘Okay, il est l’heure. Je vais avoir besoin que tu ailles jusqu’à ma machine et que tu la conduises jusqu’ici.’

‘Je ne peux pas conduire une machine temporelle. J’ai eu les roulettes sur mon vélo jusqu’à mes 9 ans !!’

‘Sally, je sais sans doute possible que tu peux le faire. Et tu sais comment  je le sais ?’

‘Comment ?’

‘Parce que j’ai lu la fin de l’histoire.’ Il rit. ‘Et aussi – tu entends ce bruit ?’

Depuis la télévision venait un terrible grincement.

‘C’est quoi ?’

Il souriait toujours. ‘C’est toi !’

 

Derrière l’homme, une énorme boite apparut de nulle part. Je la fixais. Il y avait des mots sur la porte et je m’approchais pour les lire. J’aurai dû le savoir. Il avait l’air d’un policier !

‘C’est votre machine temporelle ?’

‘Yep. Elle te plaît ?’

‘Mais qui l’a amené jusqu’à vous ?’

On pouvait presque se lasser de son sourire ironique. ‘C’est toi !’


sally3b.jpgLes portes de la grosse boite bleue étaient entrain de s’ouvrir. Et là, la chose la plus incroyable du monde. Je suis sortie de la boite ! Moi ! Sally Sparrow ! Une autre moi est sortie de la machine temporelle et a fait coucou à la caméra.

 

‘Salut, Sally Sparrow d’il y a 2 heures !’ dit l’autre moi. C’est génial là-dedans, tu vas adorer ça. C’est plus grand à l’intérieur !’

‘Tu vois ?’ dit l’homme. ‘Je t’ai dit que tu pouvais piloter une machine temporelle.’

‘Ouais, c’est facile !’ dit l’autre Sally, elle est reliée à sa montre, de toute façon. Tu n’as qu’à appuyer sur le bouton reset à côté du téléphone.’

‘Qui t’as dit ça ?’ je lui demandais.

‘Un froncement plissa son visage. ‘Moi’, dit-elle l’air étonnée.

L’homme semblait un peu embêté à ce sujet. ‘Oui, et bien avant que vous deux ne lanciez d’autres paradoxes temporels… Sally Sparrow !’ il me lança un regard de professeur depuis la télévision. ‘Va faire tes devoirs !’

‘Oui !’ dit l’autre Sally, ‘tu dois écrire la rédaction avant de piloter la machine temporelle. Ça va te prendre à peu près deux heures.’

Ça suffit, toutes les deux !’ dit l’homme, ‘on a assez de paradoxes qui se promènent ici sans que vous deux ne vous mettiez à papoter !’

‘Mais, écoute, ça va être génial !’ dit l’autre Sally. Et elle me fit le plus grand sourire excité du monde.

Et Oh mon Dieu ! On pouvait voir mes bretelles !

Et donc me voilà, entrain de finir ma rédaction. Il est presque deux heures du matin, et dans une minute j’irai chercher la clé du cabanon dans la cuisine et je traverserai le jardin en courant vers le voyage de ma vie.

Un grande et incroyable aventure. Et ça ne sera pas ma dernière, oh non ! Juste la première d’une longue, longue série, jusqu’à la fin de ma vie probablement. Et soudain je me fiche de ce que ma Tante va dire pour le papier peint, ou de ce que Mary Phillips pense de mes cheveux. Je retournerai à l’école après les vacances et je serai simplement sympa avec elle, et elle pourra écrire toutes les chansons qu’elle voudra. Je chanterai avec elle, si ça lui fait plaisir.


Vous voyez, je sais la meilleure chose du monde. Je sais ce qui va se passer. J’ai posé une dernière question à l’homme avant la fin de la vidéo. Je lui ai demandé comment une belle femme espionne dans le futur pouvait avoir une copie de mon devoir de vacances.

‘Tu ne devines pas ?’ a-t-il souri. Un vrai sourire cette fois. ‘Son nom’, a-t-il continué, ‘était Sally Sparrow.’


La grosse boite bleue attend dans le cabanon au fond du jardin. Et j’ai fini mes devoirs.

 

sally3c

 

FIN


doublefleche2

'What I did on my Christmas Holidays' partie 2  Suivante: Cuckoo-Spit (Mark Gatiss)
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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 11:19

doublefleche2

PARTIE 1
PARTIE 3

 

Le réveillon de Noël, 1985 ? Désolée trésor, je ne m’en rappelle plus vraiment.’ Ma Tante me regardait en fronçant les sourcils de l’autre côté de la table à manger, fouillant dans sa mémoire.

‘Tu peux essayer encore, s’il te plaît ? C’est vraiment très important. Tu avais peut-être des invités, ou des amis qui sont restés pour la soirée ou quelque chose ? Peut-être dans ma chambre.’

‘On faisait toujours des fêtes pour Noël quand ton oncle était encore en vie.’

‘Il est encore en vie, il vit à Stoke avec Neville.’

‘Tu devrais vérifier dans le cabanon.’

‘Pourquoi est-ce qu’il serait dans le cabanon, Tata, il est très heureux avec-‘

‘Pour les photographies.’ Elle me regardait maintenant d’un air sévère. ‘Si on a fait une fête on a forcément pris des photos. Je les garde toujours. J’irai jeter un œil.’

‘Merci, Tata !’

‘Pourquoi est-ce si important de toute façon ? Pourquoi ça t’intéresse ?’


Je lui ai presque dit, mais je savais qu’elle aurait ri. Parce que vraiment, si on y réfléchit, il n’y avait qu’une seule explication. Coïncidence. Il devait y avoir une autre Sally dans la famille dont je n’avais jamais entendu parler, et qui que ce soit qui avait écrit ça sur le mur il y a 20 ans, ils ne parlaient pas de moi, ils parlaient d’elle. Ils parlaient de cette mystérieuse autre Sally d’il y a 20 ans. Je me demandai à quoi elle ressemblait. Je me demandai où elle était maintenant, et si ses cheveux étaient frisés. Et je me demandai surtout pourquoi elle avait été cachée comme un noir secret pendant toutes ces années. Peut-être avait-elle été assassinée de façon horrible pour des raisons affreuses !


Et alors que j’allais me coucher, j’ai lancé un regard dur à ma Tante – comme je le fais pour prévenir les adultes qu’ils n’ont pas intérêt à me mentir – et j’ai demandé ‘Il y avait une autre Sally Sparrow, n’est-ce pas Tata ? Je ne suis pas la première, hein ?’

Ma Tante m’a regardée vraiment bizarrement pendant un moment. Je m’attendais presque à ce qu’elle se plaque contre la cheminée, toute pâle et serrant ses mains contre sa poitrine, avant de me demander d’une voix faible comment j’avais découvert le secret de la famille en ravalant des sanglots. Mais non, elle a juste ri et dit ‘Bien sûr que non ! Une Sally Sparrow est bien suffisant. Maintenant, au lit !’


Je suis restée couchée dans mon lit mais je ne pouvais pas dormir ! Il y avait eu une autre Sally, c’était obligé. Autrement quelqu’un d’il y a 20 ans était en train d’essayer de me parler depuis le dessous de ma tapisserie et c’était juste stupide !


Quand ma Tante est venue m’embrasser et me souhaiter bonne nuit (je fais toujours semblant de dormir mais je ne dors jamais) je l’ai entendu poser quelque chose sur ma table de nuit. Aussitôt après avoir entendu la porte de la chambre se fermer, j’ai sauté du lit et j’ai allumé la lumière ! C’était peut-être ça ! C’était peut-être sa sombre confession – la vérité sur l’autre Sally Sparow, et son horrible destin. Il y avait une boite posée sur ma table de chevet. J’avalais ma salive avec horreur ! Je me demandais la taille que devait avoir une boite qui contenait des restes humains ! Je plissais le yeux et regardais avec courage l’étiquette sur le couvercle (même si je me disais que mettre une étiquette sur une boite contenant des restes humains serait quand même une grosse bêtise).

L’étiquette disait ‘Photographies 1985’.


Celles de la fête de Noël étaient tout à la fin, et ça m’a pris des siècles pour les trouver. Elle étaient normales, un tas de gens qui souriaient et qui buvaient, et qui portaient des chapeaux en papier. Ma Tante était là, avec Oncle Hugh, et ma Maman et mon Papa aussi qui étaient tout joyeux et minces. Et puis je l’ai vu ! Mes sourcils se sont à nouveau dressés d’étonnement, un peu plus haut cette fois. Parce qu’au milieu de l’une des photos se tenait un homme avec une veste de cuir et des oreilles énormes. Il était au milieu d’une ligne d’adultes qui riaient et dansaient mais il regardait droit vers l’objectif en agitant un papier comme un signe. Et sur le papier était écrit ‘Aide-moi, Sally Sparrow !’

 

sallyb1.jpg

 

 

J’ai poussé un petit cri d’étonnement. Il y avait une autre Sally Sparrow et à l’évidence elle était en train de prendre la photo. Et elle était sûrement un peu sourde, et il fallait lui parler avec du papier, parce que les prothèses auditives n’avaient pas encore été inventées.


Et puis j’ai regardé la photo suivante. Et c’est là que tout a changé. Soudain c’était comme si la cloche de l’école sonnait dans mes oreilles et je pouvais entendre mon cœur battre si fort dans ma poitrine qu’on aurait probablement pu voir cogner les boutons de mon pyjama.

Il y avait l’homme encore, au fond de la photographie, tenant un autre morceau de papier. Et celui-là disait ‘Regarde encore sous le papier peint.’


Alors que je retournai vers le papier peint ma main tremblait comme quand on essaye de faire ses devoirs dans le bus scolaire. Le reste du texte était beaucoup plus long et voilà ce qu’il disait.

‘Ce n’est pas un rêve, et d’ailleurs tu ne devrais jamais essayer de faire tes devoirs dans le bus scolaire. Je vais te prouver que c’est vrai. Pense à un nombre, n’importe quel nombre, et puis habille-toi, trouve une lampe torche, et va voir ce qui est gravé dans l’écorce de l’arbre le plus éloigné dans le fond du jardin.’


 sallyb2.jpg

Quand les gens pensent à un nombre, ils pensent toujours à 10, ou 7 ou quelque chose comme ça. Ils ne pensent jamais à un nombre vraiment gros et absurde. Donc je me suis dit pense à un nombre bien gros et bien absurde. Puis je l’ai divisé par 2. Puis j’y ai ajouté mon âge. Puis j’y ai soustrait l’âge de Tim. Puis j’ai ajouté 4, juste comme ça. Et puis quelques minutes plus tard, je me tenais dans le jardin, tremblante, devant l’arbre le plus éloigné dans le fond du jardin.


Et il était là, gravé comme s’il y avait toujours été. Personne ne pense jamais au nombre 73. Sauf moi. Et l’homme qui l’avait gravé dans l’arbre le plus éloigné dans le fond du jardin de ma Tante il y a vingt ans.

 

 

Je suis restée assise longtemps sur mon lit, juste à trembler en me demandant quoi faire. Mais  c’était évident en fait. J’ai enlevé la bande suivante de papier peint. Cette fois, ça disait juste ‘l’étagère du haut dans le salon, tout au fond.’


 

A SUIVRE


doublefleche2

What I did on my Christmas Holidays -Partie 1 
What I did on my Christmas Holidays - Partie 3
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Publié par Melyssa in the Attic - dans Short Stories
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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 10:56

A l'origine de Blink, il y avait un sapin...

 

sallysparrow.jpg

 

 

Ecrit par Steven Moffat

Illustré par Martin Geraghty

Publié à l'origine dans le Doctor Who Annual 2006, également disponible sur le site officiel de la série

Traduction Non Officielle


 

"What I did on my Christmas Holidays" by Sally Sparrow

 

sally-2.jpg

 

Je m’appelle Sally Sparrow.


J’ai 12 ans, j’ai les cheveux auburn, des bretelles que l’on voit à peine, une bosse sur le genou droit là où je suis tombée de vélo quand j’avais 10 ans, et des parents. J’ai aussi un petit frère qui s’appelle Tim. Ma maman a dit à Mme Medford que Tim n’était Pas Plannifié, et ça se voit parce que son nez n’est pas droit et ses cheveux se dressent en l’air et je ne peux pas croire qu’on fasse tout ça volontairement. Ou ses oreilles.


Je suis forte en Anglais, et Mlle Telfer dit que j’ai un excellent vocabulaire. J’ai seize amis qui sont surtout des filles. Je ne m’intéresse pas encore beaucoup aux garçons, parce qu’ils font trop de bruit.


Ceci est l’histoire des mystérieux évènements qui ont eu lieu au chalet de ma Tante à Noël et de ce que j’ai découvert sous le papier peint de ma chambre, me faisant froncer les sourcils avec perplexité.


Je restais au chalet de ma Tante parce que ma Maman et mon Papa étaient partis pour un week-end. Tim était chez son ami Rupert (qui je crois n’était pas planifié non plus à cause de ses dents) et je me suis retrouvée une nouvelle fois dans la chambre en trop du chalet de ma Tante à la campagne, qui est à Devon.


J’adore le chalet de ma Tante. Depuis la fenêtre de sa cuisine on ne peut voir que des collines, jusqu’au bout de l’horizon, et c’est si calme que vous pouvez entendre une goutte d’eau tomber d’une feuille d’arbre à l’autre bout du jardin. Parfois quand je suis couchée dans mon lit, je peux entendre un train passer au loin et ça me fait toujours pousser un soupir et je ressens comme de la tristesse, mais agréable. Elle est bien, ma chambre chez ma tante. Vraiment grande, avec une armoire qui fait voler sa poussière quand on passe devant et d’énormes fleurs jaunes sur le papier peint. Quand j’étais petite je m’asseyais devant les fleurs pour les regarder et quand personne ne regardait j’essayais de les attraper comme si c’était de vraies fleurs. On peut toujours voir une petite déchirure là où j’ai essayé d’en décoller une du mur quand j’avais trois ans, et à chaque fois que je rentre dans la chambre, la première chose que je fais est d’aller droit vers cette fleur pour la toucher, juste pour me souvenir. On en a parlé avec mon Papa et on pense que ça pourrait être de la nostalgie.

C’est à cause de cette fleur et de la Nostalgie que j’ai rencontré le Docteur pour la première fois.


***


C’était trois jours avant Noël. Je venais d’arriver dans la grande maison de ma Tante, et comme d’habitude, je lui ai fait un câlin et j’ai couru jusqu’à ma chambre, pour accrocher tous mes vêtements dans l’armoire poussiéreuse. Et comme d’habitude je suis allée tout droit vers la fleur déchirée sur le mur, et je me suis accroupie (je suis plus grande maintenant) et je l’ai touchée. Mais cette fois, j’ai fait quelque chose de différent, je ne sais pas pourquoi. J’ai entendu ma Tante me crier d’en bas que je devrais me dépêcher, parce qu’elle avait cuisiné mon plat préféré et que c’était sur la table, et d’habitude je me serais précipitée en bas. Peut-être que c’est parce que je savais qu’elle voudrait parler de l’école et parfois on n’a pas envie de parler de l’école (désolée, Mlle Telfer) surtout quand vous portez des bretelles et que vous avez des cheveux frisés et que les gens peuvent être un peu méchants pour ce genre de chose, même s’ils sont censés être vos amis. Peut-être que c’était parce que je pensais à quand j’avais trois ans, et comme les fleurs me paraissaient beaucoup plus petites maintenant.

En fait je pense que c’était parce que Mary Phillips avait fait une chanson sur mes cheveux et que j’étais un peu fâchée et que mes yeux étaient tout flous et humides comme quand on sait qu’on va se mettre à pleurer si on ne se concentre pas vraiment très fort. Enfin bref, mes doigts restaient sur la partie déchirée, et je pensais à la chanson, et aux cheveux frisés et tout ça, et tout d’un coup c’était comme si je n’en avais plus rien à faire ! Et j’ai commencé à arracher le papier un petit peu plus ! Juste un tout petit morceau au début, j’ai juste un peu tiré dessus pour voir ce qui allait se passer. Et puis j’ai continué ! Et vous savez des fois c’est comme si on était entrain de rêver – on fait quelque chose mais on n’a pas l’impression d’être entrain de le faire mais plutôt comme si on était entrain de regarder ? Et bien, je me suis redressée et j’ai déchiré toute la fleur. Toute une bande de papier peint et je l’ai juste déchiré !

Et là, oh bon sang ! Je suis juste restée là à fixer le mur !


Une fois j’ai lu une histoire à propos d’une fille qui avait eu une frayeur et l’auteur disait qu’elle pouvait sentir ses cheveux se dresser sur sa tête. Je m’étais dit que c’était débile et qu’elle aurait eu l’air  vraiment stupide, comme mon frère. Je m’étais dit que l’auteur avait probablement inventé tout ça, parce que ça ne pouvait pas arriver en vrai. Mais je m’étais trompée. Je pouvais sentir que ça m’arrivait juste à ce moment, en commençant par ma nuque, toute froide, et puis tout mon crâne s’est mis à picoter.


Et c’était là, écrit sous le papier peint. ‘Aide-moi, Sally Sparrow’.

 

sally3

 

 

J’ai regardé plus près, pour essayer de voir s’il y avait un truc, et j’ai remarqué quelque chose d’autre. Plus de mots, écrits juste en dessous de ceux-là mais toujours cachés par le papier peint. Je me suis dit que j’avais déjà ruiné le papier donc je n’avais plus rien à perdre. En faisant aussi attention que possible, j’ai arraché une nouvelle bande. Sous les mots il  y avait juste une date. 24/12/85.

 

  Il y a 20 ans, quelqu’un dans cette chambre avait demandé mon aide. 8 ans avant que je naisse !

 


A SUIVRE


 

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Continuity Errors (Steven Moffat)  
What I did on my Christmas Holidays - Partie 2
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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 19:51

Publié dans le Storybook 2007. Traduction non officielle

 

storybook2007

 

 

Untitled 1   Untitled 2   Untitled 3   Untitled 4   Untitled 5   Untitled 6

 

Untitled 7   Untitled 8  Untitled 9

 

FIN

 

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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 20:35

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Continuity Errors Partie 2 

 

 

 

Extrait des notes de conférence du Professeur Candy.


   Le Docteur est un voyageur temporel. N’oubliez jamais ça parce que c’est un élément central pour une bonne compréhension de ce qui le rend terriblement dangereux. La plupart d’entre nous, avec nos tous petits moyens individuels, participons à l’écriture de l’histoire. Seul le Docteur est là dehors à la réécrire.

 

 

 

La bibliothèque de Nouvelle Alexandrie, 2668.


   Extraordinaire ! Pensa la Bibliothécaire. Tout à fait extraordinaire ! Le vieux Perruque Rousse et l’ESTC étaient si terriblement similaires – l’excentricité, le maniérisme nerveux, les sourires soudains, l’accent souvent impénétrable – et il lui avait fallu tout ce temps pour le réaliser ! Pendant un instant il lui vint à l’esprit, de manière assez vague, qu’elle ratait peut-être quelque chose d’évident ici, mais la pensée semblait étrangement difficile à saisir, donc elle la rejeta. De toute façon, se rappela-t-elle, elle avait des responsabilités ! Aussi charmant qu’elle l’ait personnellement trouvé, elle devait refuser à l’ESTC l’accès au Hittenstall ! Elle jeta un regard vers la table où sa compagne était toujours assise. Elle avait fini de copier le livre et semblait être en train de coller des post-its dans son journal. Cette femme était la clé, se dit-elle. Si seulement elle parvenait simplement à trouver une information utile.

   Une Cabine de Transfert ronronna et son assistant revint du département Sciences et Technologie. ‘J’ai géré la plainte,’ dit vivement James, ‘Je vais remplir un rapport avec tous les détails.’ Il disparut dans le bureau. Toujours si formel, se dit Andrea. Le cœur serré, elle se rappela du timide et charmant Walter. Est-ce qu’il était vraiment parti depuis déjà un an ? Ça n’aurait jamais marché, bien sûr, eux deux qui se courraient après en permanence, et ils avaient pris la bonne décision en arrêtant de travailler ensemble. Après tout, se dit-elle, certaines choses étaient trop importantes pour jouer avec.
   Elle regarda avec tendresse vers le bureau des retours où un homme bourru aux larges épaules tapotait diligemment sur le comptoir avec ses énormes mains de travailleur. Sur une impulsion espiègle elle s’approcha, se pencha, et mordilla l’oreille de son mari, ‘Je pense que tu as le droit de le savoir,’ murmura-t-elle, principalement parce qu’elle savait que ça le ferait rougir, ‘que je me sens d’humeur vraiment dangereuse aujourd’hui.’ Elle avait aussi l’air dangereux, pensa-t-elle en apercevant son reflet dans le miroir qui recouvrait le mur derrière le comptoir (comme tout le monde avait ri quand elle l’avait fait installer – ils l’avaient trouvé si vaniteuse !). Freddy lui sourit en retour et lui serra la main. Elle remarqua qu’un homme leur lançait un regard dégoûté depuis la zone de lecture donc elle retira sa langue et pour la première fois de la semaine elle décida de détester quelqu’un intensément.
   Etrangement, Superbes Boucles d’Oreilles les regardait aussi, mais elle semblait plus surprise que dégoûtée. Très surprise, en fait. Presque troublée. Décidant que c’était une raison aussi valable qu’une autre pour reprendre leur conversation, Andrea marcha vers elle. ‘Un problème ?’ demanda-elle ?
   Superbes Boucles d’Oreilles semblait troublée. ‘Ce ne sont pas mes affaires, bien sûr, mais qui est exactement cet homme que vous étiez entrain, euh… de mâchouiller ?’
   ‘Freddy. Mon mari. Je vous en ai parlé, n’est-ce pas ? »
   ‘En fait, vous étiez en train de me raconter comment il vous avait quitté.’
   ‘Quitté ?’ elle rit. ‘Freddy ?’ En fait, réfléchit-elle, ça n’était pas aussi inconcevable que ça. De fait, une nuit dans cette terrible année après que Gwenny ait été tué, ça avait failli arriver. Il était resté silencieux pendant des jours et puis un soir, évitant son regard, il avait annoncé qu’il sortait faire quelques courses. Elle avait su – elle avait été certaine – qu’il n’allait pas revenir. Mais quelques heures plus tard il l’avait fait. Et c’était un homme changé, excité par un tas de nouveaux projets, déterminé à ce qu’ils prennent un nouveau départ. Il avait fallu un mois de glorieux nouveau départ avant qu’il n’avoue ce qui s’était réellement passé.
   Il allait la quitter, bien sûr, avec l’intention de faire du stop au port spatial et d’aller n’importe où, et il était tombé nez à nez avec un énorme poids lourd bleu juste devant leur maison. Entièrement bleu, avait-il dit,  couvert d’étranges panneaux de bois peints en bleu avec une lumière bleue qui clignotait au sommet de la cabine. Etrangement, les mots ‘Appelez Ici Pour Demander de l’Aide’ étaient incrustés en lettres énormes sur l’un des côtés. Le chauffeur, un étrange petit homme, lui avait offert de l’emmener jusqu’au port spatial et il avait accepté avec reconnaissance. C’était un long trajet et le chauffeur n’avait pas arrêté de papoter, bien qu’aujourd’hui Freddy ne puisse de rappeler de quoi il avait parlé. Ce qui est étrange, cependant, c’est que lorsqu’il avait sauté de la cabine à la fin du trajet, et qu’il avait salué le poids lourd bleu dans un geste d’au-revoir, il avait découvert qu’il se trouvait devant sa propre porte d’entrée. Ce qui était encore plus étrange c’est qu’il était alors rentré sans hésiter, en sachant qu’il ne voudrait plus jamais partir.

   ‘Êtes-vous au courant,’ dit Superbes Boucles d’Oreilles, ‘que votre coupe de cheveux a changé au cours des cinq dernières minutes ?’
   Voilà une chose bien étrange à dire. Bien sûr qu’elle n’avait pas changé ! Elle vérifia dans l’un des nombreux miroirs de la zone de lecture.
   ‘Ou que vous portez soudain un maquillage que vous ne portiez pas avant ?’
   Bon sang mais de quoi parlait-elle ? ‘Je peux vous assurer que j’ai le même maquillage et la même coupe de cheveux depuis le début de la journée.’
Superbes Boucles d’Oreilles la regarda d’un air pensif, se tapotant le manteau avec son stylo. ‘Ce professeur,’ dit-elle finalement, ‘Perruque Rousse. Son nom n’était pas Smith par hasard ?’
   Andrea se figea, ‘Comment savez-vous ça ?’
   ‘J’ai en quelque sorte reçu la même éducation.’ La bouche de Superbes Boucles d’Oreilles se tordit de façon ironique. ‘Ecoutez,’ continua-t-elle, ‘le Docteur est mon ami et la plupart du temps, c’est quelqu’un de tout à fait charmant, si ce n’est souvent un peu trop agité. Mais soyez prudente avec lui, OK ?’ Elle hésita, comme si elle s’apprêtait à en dire plus qu’elle ne le devrait. ‘Il met le bazar dans la vie des gens.’
   Andrea sourit. ‘Je pense que j’en sais plus sur votre ami que vous ne le pensez.’
   ‘Je ne pense pas que qui que ce soit en sache plus sur le Docteur qu’il ne le veut bien.’ Elle hésita à nouveau, puis indiqua son journal toujours ouvert devant elle. ‘Vous savez ce que je suis en train de faire ?’
   ‘Il semblerait que vous soyez en train de coller des post-its dans votre journal.’
   ‘Parfois, quand ça devient compliqué de gérer le passé, je reviens en arrière et je le réécris. Je change des choses.’ Elle lança un regard dur à Andrea. ‘Le Docteur fait la même chose. Mais avec un meilleur équipement.’
   Réécrire le passé ! Andrea sentit un frisson la parcourir sans tout à fait savoir pourquoi. Ok, il était l’heure de poser la grande question ! ‘Donc qu’est-ce que vous avez fait ici aujourd’hui que vous ne voulez pas que le Docteur découvre ?’
   Superbes Boucles d’Oreilles sembla surprise un instant puis baissa les yeux vers le livre de bibliothèque posé à côté de son journal. ‘J’ai été si peu discrète ?’
   ‘Je ne pense pas qu’il ait remarqué quoi que ce soit.’
   Une autre hésitation, plus longue cette fois. ‘Il y a quelques temps de ça,’ dit-elle finalement, ‘j’avais un super petit ordinateur qui pouvait avoir accès à pratiquement toutes les bases de données partout dans le monde. Et une fois, pour le plaisir, j’ai lancé une recherche sur le Docteur. Il a à sa manière un effet considérable sur l’histoire mais il prend bien soin de ne pas laisser de traces écrites. Je n’ai pas obtenu grand-chose – évidemment – mais j’ai trouvé ça.’ Elle indiqua le livre. ‘Je n’ai pas pu avoir accès au livre lui-même parce qu’il n’existe qu’en version papier, mais j’ai découvert que le Docteur y était mentionné. Donc quand le Docteur a dit que nous venions ici aujourd’hui je me suis dit que je pourrais jeter un coup d’œil.’ Elle fit glisser le livre vers Andrea. ‘Page un – le prologue. Je pense que vous aimeriez y jeter un œil également.’
   Avec un frisson, Andrea aperçut le titre du livre.

 

 

 

Extrait des notes de conférence du Professeur Candy.


   Les conséquences du fait de laisser le Docteur s’écraser partout dans notre univers peuvent être colossales. Par exemple :

   Deux hommes discutent de théories politiques et le Docteur passe par là et entend la conversation. S’invitant sans ménagement il leur fait une conférence pour leur démontrer à quel point ils ont tord et quel était le bon chemin à suivre. En conséquence directe ces deux hommes changent leurs points de vue, et leurs plans, et dans les années suivantes jettent les bases d’une nouvelle civilisation dans le Système Solaire de Kantrassi. Aujourd’hui, l’entièreté de la galaxie qui enjambe l’empire Kantrassi est la conséquence directe des interférences occasionnelles du Docteur – c’est du moins ce que pense le Professeur Lyttle dans l’article qu’il a écrit sur le sujet, et sachant à quel point ses recherches sont poussées je ne vois pas de raison de le remettre en doute.
   Une grande partie de la pensée Kantrassi d’aujourd’hui est profondément affectée par le Docteur, bien sûr, bien que peu d’entre eux ne le réalisent. L’un d’entre eux l’a fait, leur plus célèbre poète et philosophe Orcnell, qui n’a mentionné le Docteur qu’une seule fois dans ses écrits, simplement dans le prologue de ses œuvres complètes, Quatre Saisons et un Mariage. Malheureusement il est impossible de mettre la main sur cet ouvrage puisque, par prudence, le Docteur en a acheté tous les exemplaires. Il serait fascinant de savoir ce qu’Orcnell a réellement écrit.

 

 

 

La Bibliothèque de Nouvelle Alexandrie, 2668.


   Quatre Saisons et un Mariage ! Il avait été là tout ce temps et elle n’avait jamais pensé à regarder. Elle tenait probablement la seule copie dans tout l’Univers que l’ESTC n’avait pas réussi à acquérir pour lui-même.
   Elle ouvrit le livre sur le comptoir et tourna rapidement les pages jusqu’au prologue.

   ‘Sur la planète Destrus,’ lut-elle, ‘là où l’astrologie est la plus haute forme de science, quatre des plus anciens et des plus sages astrologues de leur époque sont allés consulter un astrologue encore plus ancien et plus sage qu’eux-mêmes.
   ‘ ‘Nous sommes inquiets pour le futur’, avaient-ils dit, ‘Il n’arrête pas de changer. D’abord une chose, puis une autre. Il y a d’abord la guerre, puis la paix. Il y a d’abord l’amour, puis il y a un cœur brisé. Honnêtement, nous souhaitons simplement que les choses ralentissent un peu. ‘Qu’est-ce,’ avaient-ils demandé à savoir, ‘que tout cela signifie ?’’’
   ‘ ‘Cela signifie,’ avait répondu le vieil homme alors qu’il levait les yeux vers le ciel et souriait, ‘que le Docteur prépare quelque chose.’’

   Qu’est-ce que c’était ? Qu’est-ce que tout ça voulait dire ? Elle ferma le livre, confuse et déçue. C’était assez intéressant, supposa-t-elle, et quelle curieuse idée de se dire  que quelque part le petit homme était occupé à réécrire le futur pendant que son amie était assise ici avec son journal à réécrire le passé, mais ça ne lui apprenait rien de plus que ce qu’elle ne savait déjà. Réécrire le passé, songea-t-elle. La phrase lui avait à nouveau donné des frissons mais elle n’arrivait pas tout à fait à comprendre pourquoi. Si seulement, pensa-elle tristement, on pouvait réellement réécrire le passé.

   Et le souvenir lui revint et cette fois elle ne put le combattre. Cette fois, comme ça arrivait chaque jour – absolument chaque jour depuis ces vingt dernières années  - elle allait devoir revivre tout ça. Elle agrippa le comptoir pour ne pas tomber et fut de retour dans la maison sur Argolia 4 la nuit où les plantes avaient pris vie et avaient dévoré la ville. Les vignes sifflaient et battaient à la fenêtre de la chambre et Gwenny s’accrochait de toutes ses forces et la questionnait à propos des monstres de ses cauchemars.
 ‘  Chut, maintenant, Gwenny, bien sûr qu’il y a des monstres. Mais ils ne sont pas si méchants. Les monstres ont des cauchemars aussi, tu sais.’

   (Dans la bibliothèque, une femme étrangement familière se dirigeait vers elle.)

   Les unités de secours étaient déjà en route, elle le savait, mais ils arriveraient trop tard – bien trop tard. Dans un instant résonnerait le bruit du bois qui se casse. Une seconde plus tard une branche jaillirait à travers la fenêtre, enlacerait Gwenny, et la briserait délicatement en deux. A trois secondes de sa mort, Gwenny fronça les sourcils et commença à poser cette dernière question, celle qui était destinée à n’avoir jamais de réponse.

   (Est-ce que tu vas bien ? demanda la femme étrangement familière.)

  ‘A propos de quoi,’ demanda Gwenny, ‘les monstres ont-ils des cauchemars ?’
  ‘De moi’, dit une voix à la porte.
   La bibliothèque entière pivota. Andrea se sentit tomber. La jeune femme la rattrapa, la maintint debout. ‘Maman ?’ dit-elle.
   Pendant un instant fugace, Andrea sentit le changement. Elle sentit un tout nouveau passé se déployer dans son esprit, d’anciens souvenirs fondre et disparaitre. Elle glapit sous le choc et s’accrocha à la magnifique jeune fille qui était sa fille.
   ‘Qu’est-ce qui ne va pas, Maman ?’
   ‘Le Docteur,’ dit Andrea, ‘est en train de préparer quelque chose.’



  

‘Andrea !’ sourit l’ESTC avec ravissement. ‘Vous êtes magnifique. Encore plus belle que vous ne l’étiez il y a trois heures. Très futé de votre part. J’adore le plafond en miroir, à propos. Très inhabituel dans une bibliothèque !’
   Andrea sourit. Quoi que l’on dise sur lui, c’était vraiment difficile de ne pas l’aimer – pas qu’elle se soit jamais sentie encline à ne pas aimer quelqu’un. ‘Salut, Docteur,’ dit-elle.
   ‘J’ai oublié de demander tout à l’heure. Comment va votre fille tout aussi ravissante ?’
   ‘Docteur pleinement qualifiée depuis deux jours.’
   ‘Dr Gwendoline Talwinning,’ dit l’ESTC, l’air très satisfait de lui-même. ‘Ça sonne vraiment bien.’
   ‘Ils disent que son projet de fin d’études va révolutionner les sciences médicales. Elle veut vous en parler justement. Vous savez quelque chose sur les nanites ?
   ‘Ils sont très mignons,’ répondit-il solennellement. ‘Mais ils ne servent pas qu’à Noël.’
   Elle rit puis redevint sérieuse. ‘Je vous dois tellement, Docteur,’ dit-elle. ‘Si vous n’aviez pas été là cette nuit-là…’
   Il fit ce drôle de haussement d’épaules qui lui était propre. ‘Il se trouvait juste que j’étais dans le voisinage – avec un peu de désherbant industriel très puissant, un vaporisateur et une équipe d’élite d’experts en jardinerie.’ Cet adorable sourire impudent à nouveau. ‘A propos,’ continua-t-il, ‘Ce texte en zone restreinte dont nous parlions tout à l’heure. Vous pensez que vous pourriez trouver un moyen de me le rendre accessible ?’
   Andrea sourit chaleureusement à son vieil ami, se demandant comment il pouvait encore demander ça. Elle prit une de ses mains, la serra, et le regarda un long moment. ‘Non,’ dit-elle.


Extrait des notes de conférence du Professeur Candy.

   Il n’est pas votre ami. Si vous ne devez-vous rappeler que d’une chose, rappelez-vous de ceci. Il a les moyens et le pouvoir de se faire aimer de virtuellement n’importe qui s’il le décide, mais s’il le fait, c’est pour atteindre un but. Ça fait partie d’un plan complexe que nous ne pouvons espérer comprendre. C’est pour cette raison et non une autre que nous devons, en tant qu’espèce, apprendre à nous débrouiller sans notre autoproclamé  Ange Gardien.
   (Regard qui embrase l’assistance, longue pause avant le grand final.) Peut-être que dans ce hall aujourd’hui nous avons fait le premier pas sur le chemin de l’apprentissage qui nous permettra de dire ‘non’ au Docteur.

 

 

 

La Bibliothèque de Nouvelle Alexandrie, 2668.


   ‘Non ?’ C’était le visage d’un enfant de quatre ans à qui on venait d’annoncer que ses vacances étaient annulées alors qu’il avait été sage toute la semaine. ‘Mais…’ continua-t-il, et sembla ne rien trouver d’autre à ajouter.
   Elle lui sourit tristement. ‘J’ai pensé à ma vie cette après-midi. C’est amusant, n’est-ce pas, que j’aie décidé de venir travailler sur une planète-bibliothèque pour me remettre d’une peine de cœur que je n’ai jamais eu. C’est aussi très amusant que je travaille avec mon mari alors qu’il y a une loi spécifique qui interdit aux couples mariés de travailler ensemble. C’est encore plus amusant quand on sait qu’il est, à la base, un fermer. En fait, quand j’y pense, je réalise qu’il y a pas mal de choses dans ma vie qui ne collent pas tout à fait. Ça me fait me demander,’ ajouta-t-elle en le regardant droit dans les yeux, ‘s’il y a quelqu’un auprès de qui je pourrais m’en plaindre.’
   Il y eut un long silence. ‘Je sais ce que vous avez fait,’ dit-elle d’une voix basse.
   ‘Andrea-‘ commença-t-il mais elle l’interrompit aussitôt.
   ‘Ou du moins j’ai une vague idée de ce qui est arrivé. Je ne sais pas du tout à quoi ressemblait ma vie avant que vous ne la réécriviez. J’imagine qu’elle n’était pas très amusante et je suis à peu près sûre que ma fille ne serait plus là-’
   ‘Andrea,’ persista-t-il, l’air maintenant très sérieux. ‘Les Deltherons ont commis trois erreurs tactiques clés lors de leur bataille avec les Drakoids. J’ai besoin de savoir de quoi il s’agissait.’
   Elle l’ignora. ‘Je vous suis reconnaissante pour ce que vous avez fait – bien sûr que je le suis. En fait je vous aime pour ça. Ce qui, bien entendu, est l’idée générale, n’est-ce pas ? Mais quiconque capable de faire ce que vous m’avez fait simplement pour emprunter un livre de bibliothèque est très dangereux. Et je ne pense vraiment pas que je pourrais justifier la sortie d’un texte restreint pour un homme aussi dangereux que vous.’
   Un autre long silence. Elle jeta un œil vers la zone de lecture. Stupides Boucles d’Oreilles regardait leur confrontation, fascinée. Elle regarda de nouveau l’ESTC. ‘Mais merci,’ dit-elle, ‘pour tout.’ Et elle se retourna, se dirigea vers l’écran du catalogue et s’assit devant son poste. Après un moment elle entendit la voix de Stupides Boucles d’Oreilles.
   ‘C’est le moment où vous criez ‘De retour au TARDIS’ ?’
   ‘J’ai bien peur que oui.’
   ‘Vous avez rencontré un adversaire de taille cette fois, je crois.’
   ‘Hmmm !’
   Leurs pas résonnèrent sur le sol. Elle entendit la voix de l’ESTC, étonnamment claire au vu de la distance. ‘Je me demande ce qui a bien pu la remonter à ce point contre moi.’

 

 

 

L’Université Luna, Bâtiment Hammerstein, petite salle de conférence, 2643.


   Alors que le petit homme sur le podium finissait de lire ses notes de conférences, il leva les yeux pour constater que les trente millions d’auditeurs avaient finalement été téléchargés – virtuels vus du font de la galerie pliée dans l’espace, corporels vus de devant. Il regarda le premier rang, qui était à à peine quelques mètres de là. Pile en son centre, le fixant du regard, se trouvait une jeune femme. Elle avait de sombres yeux tranchants et intelligents dans lesquels brillait une pointe de défi. Sur le revers de sa veste était fixé un badge bleu, indiquant qu’elle subissait une augmentation de mémoire, probablement en vue d’une carrière dans l’une des plus grandes bibliothèques ou un Infocentre. L’un des effets secondaires du processus, évidemment, était que pendant les premières phases du traitement elle deviendrait extrêmement sensible aux idées reçues. Quoi qu’elle puisse entendre au cours de la conférence d’aujourd’hui, cela resterait en elle pour toujours. Sauf, bien sûr, se rappela-t-il à nouveau, qu’il n’allait pas donner une conférence – il allait changer l’histoire. Il appuya sur le bouton effacer, supprima l’intégralité du discours sur le Notematique et offrit son grand sourire à l’audience.

   ‘Le Professeur Candy n’a pas pu venir aujourd’hui puisqu’il a pris des vacances inattendues,’ dit l’évènement spatio-temporel le plus complexe de toute l’histoire de l’Univers en jouant nerveusement avec sa fausse moustache. Donc j’ai pensé venir le remplacer.’ Il dévisagea la jeune Andrea Talwinning, 18 ans, avec son regard le plus sérieux. ‘Je vais vous parler un peu de l’importance du fait de prêter des livres de bibliothèque à vos amis.’

 



Extrait du registre de la bibliothèque de Nouvelle Alexandrie


M. Sur Delth. par Hittenstall.
Texte no 12256834750485009 – Accès Restreint Grade 1
Statut Actuel: Tout juste de retour après un prêt de deux semaines au Docteur, pas d’adresse fixe.
Autorisation: Andrea Talwinning
Titre Intégral: Miracle Sur Deltherus 5: Le compte-rendu définitif de comment les Deltherons ont repoussé l’invasion Drakoid.

 

FIN.

 


 

Alors, je sais pas si le Christmas Special de cette année sera vraiment inspiré de cette histoire, mais en tous les cas je peux voir d'où sont sorties certaines idées déjà croisées dans quelques épisodes xd-efe1a

 

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Continuity Errors Partie 2 
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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 19:24

 

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Continuity Errors - Partie 1
Continuity Errors - Partie 3  

 

 

 

Extrait des notes de conférence du Professeur Candy


   Vous pensez que ce type pourrait faire son chemin d’une cellule de détention jusqu’à la place de capitaine sur n’importe quel vaisseau spatial en moins de vingt-cinq minutes parce qu’il est mignon ? Vous avez vu les photos. Il n’est pas si mignon ! D’après tous les rapports que nous avons, il semble être erratique, arrogant, impoli, insouciant, et très probablement fou. Donc vous devez commencer à vous demander pourquoi n’importe quelle personne en tenue militaire avec laquelle il entre en contact lui offre la clé du coffre à armes, sans parler du pouvoir suprême, et ce avant même qu’ils ne l’aient innocenté pour le meurtre pour lequel ils viennent généralement juste de l’arrêter.
   Pourquoi ? Comprenez ceci. Le Docteur n’est pas une personne dans le sens où nous l’entendons. Il est ce que j’aime appeler un ESTC. Un Evènement Spatio-Temporel Complexe. En fait, je pense qu’il est l’évènement spatio-temporel le plus complexe qui n’ait jamais existé où que ce soit. Et comme tout évènement de cette ampleur il n’est pas facile à étudier puisque sa simple présence altère votre façon de penser.
   Considérez ceci : cet homme a des habilités télépathiques qui traduisent automatiquement toutes  les langues de l’Univers – pas simplement pour lui-même mais pour toute compagnie immédiate. Chacun de ces bien-nommés compagnons semble avoir vagabondé dans l’Univers dans la croyance joyeuse que l’entièreté du Cosmos parle leur langue et ce, curieusement, sans jamais se dire que c’était ne serait-ce qu’un peu surprenant. La conclusion est inévitable. Il ne se contente pas de traduire pour ceux qui l’entourent mais il utilise ce même pouvoir télépathique pour supprimer toute curiosité sur ce sujet.
   Considérez également ceci : s’il altère régulièrement nos perceptions sur ce plan, sur quoi d’autre nous induit-il en erreur ? Comme c’est rassurant qu’il nous apparaisse sous une forme humanoïde. Mais l’est-il vraiment ? Comme c’est rassurant qu’il semble même porter les mêmes vêtements que nous. Mais est-ce ne serait-ce que possible ? Et, fait le plus troublant, tous ceux ayant témoigné pour avoir connu le Docteur insistent du le fait qu’il est un homme bien, un héros en fait. Mais pensent-ils cela de par eux-mêmes ?
   Où est-ce qu’il le pense pour eux ?



La Bibliothèque de Nouvelle Alexandrie, 2668

   La Bibliothécaire restait immobile derrière le comptoir et sentait sa respiration revenir doucement à la normale. Elle avait réussi à dire non et il était parti comme une tempête, clôturant apparemment le sujet. Jusqu’ici, tout allait bien.
   ‘Tu vas bien?’ Walter était penché par-dessus son épaule – naturellement – et elle se demanda pour la centième fois pourquoi elle tolérait un assistant qui n’était pas seulement impossiblement humide mais qui avait aussi le plus irritant des béguins pour elle.
   ‘Je vais bien. Un client difficile, c’est tout.’ Elle hocha la tête dans la direction du ESTC tout juste visible à l’autre bout du hall de Réception, allant et venant à une vitesse presque comique et marmonnant rageusement pour lui-même. Pas si difficile à gérer pour quelqu’un de si dangereux, se dit-elle. Enfin, pas de quoi alerter Walter.
   ‘Oh, tu veux dire le Docteur !’
   ‘Pour la première fois dont elle se souvienne, elle regarda Walter avec surprise. ‘Tu le connais ?’
   ‘En quelque sorte. Tous tes prédécesseurs étaient de vieux amis à lui.’
   ‘Elle fronça les sourcils. ‘Tous ?’
   ‘Jusqu’au dernier. C’est marrant, quand on y pense.’
   Plus que marrant. En fait, c’était même profondément troublant. A voix haute, elle dit, ‘Ça pourrait expliquer pourquoi il est arrivé ici en espérant un traitement de faveur. Il voulait le Hittenstall.’
  Massacre sur Deltherus 5 : le compte-rendu définitif de l’extermination du dernier des Deltherons par les Drakoids ? Bloc 4300b, 2348e étage, cabinet 45, 2e étagère du haut ?’
   ‘Celui-là même.’
   ‘Un peu ennuyeux vers le milieu.’
    Elle hésita, essayant de ne pas paraitre intéressée. ‘Mes prédécesseurs… Est-ce qu’ils lui accordaient des traitements de faveur ?’
   Walter prit un air évasif. Ou plutôt, puisqu’il avait toujours l’air évasif, il sembla encore plus évasif qu’habituellement. ‘Et bien comme je le disais – c’étaient des amis à lui.’
   ‘Tu veux dire qu’ils lui autorisaient l’accès aux textes restreints ?’ persista-t-elle.
   Walter exécuta un spectaculaire haussement d’épaule évasif qui semblait impliquer au moins trois épaules et changea de sujet. ‘Pourquoi le Hittenstall est restreint, de toute façon ?’
   ‘Parce que les Drakoids sont nos amis maintenant, ce qui rend la moindre petite infraction sociale dont ils ont été responsable par le passé légèrement embarrassante.’
   ‘Ils ont exterminé une race entière !’
   ‘Et les gens continueront à laisser couler.’
   ‘C’était un génocide !’
   ‘Tu vois ?’
   ‘Andrea, je ne peux pas croire que même toi…’
   Andrea ! Elle en était presque tombée à la renverse en entendant le nom. De manière typique, Walter était le seul qui l’utilisait; pour elle-même, et pour tous les autres, elle était toujours simplement la Bibliothécaire. Elle l’interrompit avant qu’il ne crache encore plus de mots d’un air indigné. ‘Une quantité judicieuse de faits à supprimer faisait partie du traité.’
   ‘C’est dégoûtant, malhonnête, et complètement amoral !’
   ‘Certainement. Mais ils nous laissent utiliser leurs plages.’
   ‘Et pour les Deltherons ?’
   ‘Pas de planète, pas de plages.’
   Serrant les lèvres de désapprobation, Walter se retourna pour s’en aller. ‘Entre parenthèses,’ ajouta-t-elle, ‘J’envisageai de rester tard après le travail et d’avoir de dangereux rapports sexuels avec toi.’
   La nuque de Walter fit un mouvement extraordinaire alors que sa tête se tournait par saccades pour la regarder. ‘Vraiment ?’ croassa-t-il dans un étonnement non dissimulé.
   Elle sourit innocemment. ‘Non.’
   Walter, jugea-t-elle, fit alors la plus belle grimace qu’elle n’avait jamais vue. ‘Oh,’ dit-il. ‘D’accord. Une blague. Bien. J’ai compris. Bien.’ Il recommença à s’éloigner mais se retourna brusquement presque aussitôt pour lui faire face, rougissant et clignant rapidement des yeux dans cette rage hyper ventilée particulière aux gens bien trop sensibles. ‘Tu sais,’ dit-il – et elle pouvait affirmer qu’elle aurait du mal à croire ce qu’elle allait entendre – ‘parfois je me demande simplement comment tu as pu devenir comme ça !’
   Elle haussa les épaules. ‘Ma fille a été assassinée, mon mari m’a quitté. Un coup de chance, je suppose.’
   Pendant un instant il sembla se perdre entre sa rage et le plus traditionnel flot d’excuses, avant de se diriger comme une furie dans le bureau et de claquer la porte.

   Presque adorable, se dit-elle en replongeant dans l’ennui. Elle se demanda vaguement ce qu’il pouvait bien lui trouver et pendant un instant elle voulut presque aller vérifier dans un miroir. Impossible évidemment. Elle grimaça, se souvenant du matin où la simple vue occasionnelle de son propre visage avait commencé à la rendre si malade qu’elle avait banni tous miroirs de la Bibliothèque. Pas vraiment la plus saine des impulsions, indiquant probablement un syndrome d’aut phobie, se surprit-elle à penser – avant de s’immobiliser! D’où est-ce que sortait ce diagnostic ridicule ?
   Il était de retour derrière le comptoir, à à peine trois pas d’elle et elle ne l’avait pas entendu approcher – comme si ça c’était surprenant !  ‘Vous savez,’ dit-il, ‘Je ne peux vraiment pas vous dire à quel point c’est important que je voie ce livre. Un coup d’œil ne fera de mal à personne, n’est-ce pas ? Pas vraiment. Et avec les informations contenues dans ce livre vous n’avez pas idée du nombre de souffrances que je pourrais éviter.’
   Elle le regarda et réalisa brusquement que dire non à cet homme était devenu beaucoup plus facile parce qu’elle ne l’aimait vraiment pas. Elle le détestait, en fait. Elle le regarda d’un air détendu très étudié pendant un instant. ‘Des vies sont en jeu, il me semble que vous l’avez dit,’ remarqua-t-elle finalement.
   ‘Beaucoup de vies. Des vies innocentes.’
   ‘Innocentes ? C’est un fait ?’ Elle se souvint de sa fille, qui levait les yeux vers elle, pleine d’espoir et implorante, s’accrochant à elle en lui demandant s’il y avait vraiment des monstres dans le monde. Cinq ans, absolument magnifique, et à dix secondes de la mort. Avec effort, elle chassa le souvenir. ‘Et bien dites à ces gens innocents avec leurs vies innocentes,’ dit-elle, avec un peu plus de vigueur qu’elle ne l’avait voulu, ‘que la vie, innocent ou non, n’est pas juste.’
   ‘Un froncement de sourcil comme un coup de tonnerre. ‘Dernier mot ?’
   ‘Amen.’
   ‘Je vois.’ Il réfléchit un instant. Il sortit une montre à gousset de sa veste et l’ouvrit, révélant une suite de boutons à la place du cadran. Ses doigts dansèrent dessus dans ce qui semblait être une suite complexe de calculs. ‘Si ma compagne revient avant moi,’ dit-il sans lever les yeux, ‘dites-lui que je ne serais pas long.’ Il lui lança un regard et soudain ses yeux parurent très noirs. ‘J’ai une petite course à faire.’

 


Extrait des notes de lecture du Professeur Candy.


   Jusqu’où ira-t-il? Si quelqu’un se met en travers de son chemin – quelqu’un qu’il ne pourrait influencer par ses moyens habituels, quelqu’un qui se dresserait entre lui et son besoin d’imposer sa volonté sur l’Univers – jusqu’où notre héroïque Docteur serait-il prêt à aller ?

 


La Bibliothèque de Nouvelle Alexandrie, 2668.


   Depuis l’arrière des étagères une lumière bleue clignota momentanément, et un grognement, un grincement, un bruit quelque part entre l’éléphant enragé et le protestataire asthmatique. Un chœur de « shh » s’éleva depuis la zone de lecture.
   La bibliothécaire sentit se dénouer dans son estomac le nœud de tension dont elle s’était à peine rendue compte de la présence. Selon tous les rapports c’était le son qui accompagnait invariablement l’arrivée et le départ du ESTC via le quelconque appareil ésotérique qu’il utilisait pour voyager (on racontait des histoires à propos d’un kiosque téléphonique à l’ancienne mode, mais c’était simplement absurde !). Donc il était parti alors, hors de sa vue et, Dieu merci, hors de son esprit. Mais il n’était pas, se rappela-t-elle à l’ordre, parti pour longtemps. Et maintenant ? Elle réfléchit, tambourinant nerveusement le comptoir de ses doigts. Il y avait peu de doutes sur le fait qu’il essayerait à nouveau et que cette fois il utiliserait la manière forte. Il voudrait faire affaire et ça n’était pas vraiment une idée réconfortante. Elle parcourut dans son esprit les différents protocoles de sécurité et les mots de passe. Parfait! Et au besoin, tout à fait mortel. Elle était confiante dans le fait que l’ESTC le savait aussi; il ne semblait pas être le genre d’homme à s’encombrer à demander quelque chose s’il savait qu’il pouvait le prendre tout seul.
   Donc que pouvait-il faire maintenant ? Que lui restait-il à tenter ? La réponse, se dit-elle en exultant, était rien. Absolument rien ! Pendant un instant elle s’illumina presque. Ça ne devait pas être souvent que le petit homme rencontrait quelqu’un qu’il ne pouvait simplement pas manipuler comme il le voulait.
   Alors qu’elle retournait à son travail, elle remarqua son petit sourire de triomphe dans le miroir derrière son bureau.

   A l’autre bout de la salle se fit entendre le bruit de la cabine de Transfert. Elle regarda autour d’elle pour voir Jolies Boucles d’Oreilles revenir à la réalité depuis le département de Littérature. Elle sortit de la cabine et lança ce curieux regard rapide autour d’elle qui avait tellement intrigué la Bibliothécaire un peu plus tôt. Quoi que Jolies Boucles d’Oreilles soit entrain de comploter, son ami, l’ESTC, n’était pas au courant. Une situation probablement peu commune, se dit la Bibliothécaire, sardonique – et probablement peu sûre aussi. Vu d’ici, Jolies Boucles d’Oreilles avait l’air de penser la même chose. Serrant étroitement un livre contre sa poitrine, elle se dirigea rapidement vers la zone de lecture. ‘Excusez-moi’, appela la Bibliothécaire.
   Jolies Boucles d’Oreilles fit un magnifique arrêt de celui qui est pris la main dans le sac et se retourna et la Bibliothécaire se sentit aussitôt coupable. Elle tenta un sourire rassurant. ‘Votre ami a dû s’absenter un instant. Pour faire une course.’
   ‘Une course?’ Jolies Boucles d’Oreilles hocha sobrement la tête. ‘Et bien faites-moi simplement savoir si l’Univers venait à disparaitre.’
   Belle réplique, se dit la Bibliothécaire alors que Jolies Boucles d’Oreilles se mettait à la recherche d’une table. Le truc, c’est qu’elle avait eu l’air de le penser. Pendant un instant elle fut tentée de la suivre, d’entamer la conversation, peut-être mêmes de découvrir quelques choses sur l’ESTC – à commencer par pourquoi qui que ce soit choisirait de partir avec un homme pareil – mais elle entendit derrière elle un toussotement impatient. Derrière le comptoir se tenait le résumé parfait du client difficile, des doigts tambourinant jusqu’aux lèvres pincées et aux sourcils relevés. Pour la dix-huitième fois de la journée, la Bibliothécaire décida de détester intensément quelqu’un.

   Il se passa une heure avant que la Bibliothécaire ait une chance de passer par hasard devant la table de Jolies Boucles d’Oreilles. Son livre était ouvert devant elle et elle recopiait attentivement l’une des pages dans ce qui semblait être son journal intime – ce qui, à défaut de mieux, était bon signe.
   La Bibliothécaire se pencha poliment par-dessus son épaule. ‘Nous pouvons faire copier ça pour vous, si ça peut aider.’
   Jolies Boucles d’Oreilles sursauta comme si elle avait reçu un choc électrique et referma brutalement le livre. ‘Merci, non, inutile, j’ai fini de recopier de toute façon.’ Elle avait dit tout ceci à la hâte en l’accompagnant de la plus mauvaise tentative de sourire décontracté que la Bibliothécaire avait vu depuis au moins un mois. Définitivement, cette femme était en train de faire quelque chose dans le dos de l’ESTC. Mais est-ce que ça faisait d’elle une alliée ? Découvre-le, décida-t-elle. Provoque-la un peu.
   ‘Donc ! Vous avez été abandonnée par votre ami, hein ?’
   Un sourire ironique. ‘Croyez-moi, il a fait bien pire.’
   ‘Vraiment’.
   ‘Ça n’est pas peu dire.’ Elle baissa les yeux vers son journal. La Bibliothécaire tint bon, cherchant frénétiquement un moyen de prolonger la conversation. Son regard se perdit un moment sur les boucles d’oreilles de la femme. Elle avait l’impression confuse qu’il y a quelques temps elle ne les aimait pas tellement, mais ça n’était pas possible. Sa première pensée avait été de remarquer à quel point elles étaient jolies.
   ‘J’ai dû lui refuser une demande de consultation d’un livre. Il n’était pas très content.’
   ‘J’imagine.’
   ‘Il s’est éloigné comme une tempête et a fait les cent pas en marmonnant pour lui-même.’
   ‘C’est tout à fait le Docteur. Il finit généralement par se parler à lui-même parce que personne d’autre ne comprend ce qu’il raconte.’
   Ok, le moment était venu de la pousser un peu. ‘Trop intelligent pour son propre bien ?’
   ‘Non. Diction terriblement mauvaise.’
   Elles rirent toutes les deux – bien, elles s’entendaient bien – et un ‘shh !’ s’éleva de la table d’à côté. La Bibliothécaire lança un regard incisif dans la direction générale. Elle était bibliothécaire, bon sang ! Ils n’étaient pas censés lui faire ça à elle !
   Une femme au visage dur la fixa en retour. Quelqu’un d’autre à détester intensément, décida-t-elle brusquement, ce qui faisait un total de douze aujourd’hui. ‘Les hommes sont tous les mêmes, n’est-ce pas ? Ils disparaissent quand on s’y attend le moins.’
   Jolies Boucles d’Oreilles leva un sourcil. ‘Vous parlez par expérience ?’
   ‘Divorcée’, admit-elle. ‘Enfin, plus ou moins divorcée. Il est juste sorti un soir pour faire quelques courses. Mais j’aurai pu dire qu’il n’allait pas revenir au vu du regard sournois sur son visage bouffi et stupide !’
   Jolies Boucles d’Oreilles sourit à la description. ‘Visiblement il vous manque toujours,’ dit-elle avec ironie.
   C’était l’heure d’un moment de candeur désarmante. ‘Oui,’ dit-elle simplement.
   L’autre femme sembla simplement embarrassée et changea rapidement de sujet. ‘Avec le Docteur ça n’est pas tout à fait comme ça. Il n’est pas vraiment intéressé par ce genre de choses.’
   L’opportunité parfaite ! ‘Par quel genre de choses est-il intéressé ?’
  ‘Oh, par les monstres principalement.’
   La Bibliothécaire s’accrocha soudain au dossier de la chaise et le serra jusqu’à ce que ses doigts lui fassent mal. Les souvenirs lui revenaient, comme ils le faisaient toujours, de façon inattendue. Maudit soit sa mémoire erratique ! Vingt ans plus tôt, sa fille, blottie dans ses bras, lui avait demandé pourquoi elle continuait à rêver de monstres s’il n’y avait pas vraiment de monstres dans le monde. Dehors les vignes battaient à la fenêtre bien qu’il n’y ait pas le moindre vent.
  Chut, maintenant, Gwenny, bien sûr qu’il y a des monstres. Mais ils ne sont pas si méchants. Les monstres ont des cauchemars aussi, tu sais.
   Le petit visage rond s’était levé vers elle avec espoir face à cette idée puis elle avait froncé les sourcils alors que dans son esprit commençait à se dessiner une nouvelle question. Dans trois secondes sa colonne vertébrale se briserait et elle mourrait. De la fenêtre on entendit claquer une branche…

   ‘Andrea ?’ Walter était à côté d’elle et Jolies Boucles d’Oreilles fronçait les sourcils d’inquiétude. Avec l’écœurant effort habituel elle chassa le souvenir.
   ‘Désolée, je vais bien. Mon esprit a vagabondé, c’est tout.’
   ‘Ok, bien sûr.’ Walter ne semblait pas convaincu. ‘Juste pour te prévenir – Je fais un saut en Sciences et Technologie. Je ne devrais pas être long.’
   ‘Je m’occupe de tout jusqu’à ton retour.’
   ‘Et, hum…’ Il lança un regard embarrassé vers Jolies Boucles d’Oreilles qui réalisa qu’elle n’était pas supposée être encore en train d’écouter et plongea de nouveau la tête dans son livre. Walter s’approcha. ‘Ce que tu disais à propos de sexe dangereux ce soir.’
   Elle sourit. ‘Oui ?’
   ‘Il semblerait que je sois libre finalement.’
   Il était tellement mignon parfois ! Elle posa un doigt sur son nez. ‘Tu n’annules pas quelque chose avec quelqu’un pour moi, n’est-ce pas ? Parce que je pense qu’il serait temps que tu voies quelqu’un de ton âge.’
   ‘Merci mais je suis content de te voir toi.’
   Si mignon ! ‘OK. Mais tu seras prévenu, je me sens d’humeur particulièrement dangereuse aujourd’hui.’
   ‘Super !’ Il fit son regard inquiet à nouveau. ‘Tu es sûre que tout va bien ?’
   ‘Je te l’ai dit, je vais bien.’ Il était toujours si inquiet pour elle ! C’était presque fatiguant, mais fatiguant d’une façon adorable. ‘Alors, qu’est-ce qu’il se passe en Sciences et Technologie ?’
   ‘Une plainte.’
   ‘Souviens-toi: le client a toujours raison.’
   Il secoua la tête, l’air perplexe. ‘Après tout ce que tu as traversé, comment peux-tu être aussi gentille?’
   ‘Technique de contrôle de l’esprit Tibétaine,’ répondit-elle, et elle se demanda s’il réalisait qu’elle ne plaisantait pas. Il était évident que non au vu de son sourire.
   ‘A plus!’ dit-il en s’éloignant en direction des Cabines de Transfert.
   ‘Perruque Rousse!’ dit la Bibliothécaire qui se rappelait soudain.
   Jolies Boucles d’Oreilles la regarda, surprise. ‘Excusez-moi?’
   La Bibliothécaire fronça les sourcils. ‘Un professeur remplaçant à mon école il y a des années. Il est resté une paire de mois et nous a appris les techniques de contrôle de l’esprit Tibétaines – il a dit que ça ferait de nous des gens meilleurs.’
   Jolies Boucles d’Oreilles la regardait l’air confuse, se demandant à l’évidence ce qu’elle avait à voir là-dedans.
   ‘Et je viens juste de réaliser’, continua la Bibliothécaire, alors que son froncement de sourcils s’accentuait. ‘Il ressemblait beaucoup à votre ami le Docteur!’
   Et pendant un instant elle se rappela très vivement de lui: Le drôle de petit visage sous cette évidente perruque rousse (c’est supposé être quoi? Avaient-ils ri – un déguisement?) et la robe noire à l’ancienne qui tournoyait sur l’Ecran Professoral et le sourire comme celui d’un enfant brandissant des têtards dans un bocal. ‘Bonjour, la classe’, avait-il dit de son drôle d’accent. ‘Mr Rooney a décidé de prendre quelques vacances donc je vais le remplacer pendant quelques temps.’

 

A SUIVRE...



doublefleche2

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Publié par Melyssa in the Attic - dans Short Stories
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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 18:12

La rumeur dit que le Christmas Special de cette année pourrait être inspiré de cette nouvelle.... (ou pas). Elle est extraite du Decalog 3: Consequences. Le Docteur en charge est le 7e mrgreen-161d

 

Traduction de moi, donc non officielle, évidemment.

 

 

Continuity Errors
By Steven Moffat



L’Université Luna, Bâtiment Hammerstein, petite salle de conférence, 2643.

 

   Le petit homme sur le podium sortit sa montre de son gilet et embrassa rapidement du regard la salle de conférence. Autour de quatorze millions, estimait-il. Presque à moitié plein. Dix minutes de plus verraient probablement le reste des participants virtuels être téléchargés du… Bidule. Il n’avait jamais été très doué en techno blabla, se dit-il. Toutes ces consonnes.

   Alors que sa main cherchait le bouton de défilement (sur son Machin chose Notematique), il remarqua qu’il tremblait, même si ce n’était qu’infime. Les nerfs, bien sûr. Compréhensible. Il n’était pas juste sur le point de faire un discours, après tout: aujourd’hui il allait changer l’histoire. Et il était très important que tout se passe exactement comme il le fallait. Le charmant discours préparé (huit semaines de véritable écriture, trente années de recherches, une vie de réel ressentiment) tournait silencieusement dans le Machin Vitronique.

Dix minutes. Juste le temps qu’il fallait pour une relecture rapide…

 

Extrait des notes de conférence du Professeur Candy.


Docteur Qui?


(Notes pour la conférence de Franklin)


Docteur qui? Chouette type ou sale enfoiré? (Regard sévère vers l’audience, ignorer les ricaneurs).

   Avec la richesse des données historiques maintenant mises à jour, peu de gens doutent encore que le voyageur temporel appelé le Docteur est plus qu’un simple mythe ou, comme il a été dit, une conspiration d’historiens drogués très tard le soir. Il est réel et il est là dehors. La question est : veut-on de lui ?
   Le seul Morthoid survivant de la Planète Noire a un jour fait remarquer, ‘Ne discutez jamais politique avec le Docteur. Il surgira simplement d’une bouche de ventilation, déstabilisera votre infrastructure politique, et fera exploser votre système solaire.’ (S’il y a des rires, sourire d’un air entendu. Sinon, garder un air sérieux.)

   Les Daleks de Skaro, bien sûr, le connaissent comme le Ka Faraq Gatri. Cela se traduit traditionnellement par ‘Celui qui amène l’Obscurité’ bien que le Professeur Lyttle ait établi au-delà de tout doute raisonnable que cette traduction était, typiquement, l’œuvre du Docteur lui-même. Plus exactement, et avec ce merveilleux sens de l’ironie Dalek, Ka Faraq Gatri signifie ‘Chouette type – si vous êtes un bipède.’ Et peut-être que ceci résume le Docteur mieux que tout le reste. Il ne sait juste jamais quand les Daleks plaisantent.
   Voulons-nous de lui, alors? Avons-nous besoin de cette croisade à un seul homme qui s’écrase un peu partout dans notre histoire, se moquant de nos ancêtres et enlevant nos jeunes filles ? Oh, oui, il les enlève ! Avant de les rejeter où et quand il le désire, au moment où elles deviennent trop âgées ou cessent de l’amuser. Considérez, pendant un instant, le deuil de parents dont la fille n’est pas morte, ni même disparue au sens conventionnel, mais est devenue une Reine Guerrière sur Thoros Beta. Pouvez-vous imaginer expliquer ça à la police qui vient creuser dans votre jardin ?
   Entre parenthèse, au sujet des jeunes femmes qui sont, apparemment volontairement, devenues les disciples du Docteur, les sponsors de la conférence d’aujourd’hui ont sorti un hommage spécial, tout en photo couleur de ces nombreuses malheureuses, qui est disponible au foyer pour tous les étudiants qui désireraient approfondir leur apprentissage par eux-mêmes. On m’a demandé de vous dire que cela inclut des holographes jamais vus auparavant de Jo Grant, Tegan Jovanka, et…



La Bibliothèque de Nouvelle Alexandrie, 2668.


   ‘Excusez-moi, est-ce que votre section Archéologie possède un minibar?’
   Pendant un instant la Bibliothécaire ne voulut même pas lever les yeux. Elle voulait continuer à fixer son écran, en se concentrant très fort, et espérer que cette personne très stupide qui avait posé cette question très stupide à la fin de cette journée très longue et stupide comprendrait le message et brûlerait sur place. Elle y accorda une seconde entière – pas d’éruption soudaine de chaleur, pas de cendres volantes. Le problème avec les gens de nos jours, pensa amèrement la bibliothécaire, c’était qu’ils n’avaient tout simplement pas de manières. Elle y accorda deux secondes de plus (calculées avec précision – plus longtemps vous passez pour sourd, moins longtemps vous avez l’air intéressée) et leva les yeux. Joli visage, horribles boucles d’oreilles, est-ce que ces vêtements pouvaient être volontairement choisis?
   Horribles Boucles d’Oreilles sourit (erreur de débutant) et répéta la question (est-ce que cette femme avait déjà rencontré un bibliothécaire avant ?)
   ‘Oui, bien sûr elle a un minibar. C’est une bibliothèque, vous savez !’
   Horribles Boucles Oreilles frappa triomphalement sur le comptoir et se tourna vers un petit homme avec un pull pire encore. ‘Tu vois. Académiquement, j’ai eu un effet !’
   Pull Pire Encore fronça les sourcils. Il tapota son menton d’un air pensif avec un parapluie tout simplement épouvantable – Seigneur, le parapluie et le pull étaient assortis – et dit ‘Très bien, tu peux y aller. Mais tu n’as pas le droit de lire un seul des livres que tu as écrit !’
   ‘Je peux en emprunter? Ça me fera gagner du temps quand j’en serais rendue à les écrire.’
   ‘Absolument pas. Ils sont très sévères pour ce genre de choses.’
   ‘Les Seigneurs du Temps ?’
   ‘Les critiques.’
   Elle hocha sobrement la tête. ‘Mieux vaut être sage, alors.’
   Alors qu’elle se retournait pour s’en aller, Pull Pire Encore pointa son parapluie vers elle. Ça ressemblait à un avertissement. ‘Et plus particulièrement, pas ton journal !’
   ‘Mon journal va être publié?’
   ‘Tu pourrais bien être déjà ici entrain de coller des post-its dessus.’
    Horribles Boucles d’Oreilles soupira. ‘Donc je continue à faire ça, n’est-ce pas ?’
   ‘Parfois, il y a une file d’attente de toi.’
   Avec une grimace, Horribles Boucles d’Oreilles se tourna et se dirigea du hall de réception jusqu’aux cabines de transfert.  La bibliothécaire décida de la détester de toutes ses forces, ce qui amenait approximativement à vingt-huit le nombre de fois où elle avait pris cette décision aujourd’hui. Elle remarqua, avec une absence totale d’intérêt, que juste au moment où Horribles Boucles d’Oreilles atteignait la cabine de transfert du rayon Archéologie, elle jeta un regard furtif en arrière comme pour s’assurer que son compagnon ne la regardait pas. Elle changea alors rapidement de direction et se glissa dans une autre cabine. Département littérature, nota la bibliothécaire, sans la moindre once d’intérêt.

   Inconscient de tout ceci, Pull Pire Encore– que la bibliothécaire décida de détester de toutes ses forces (vingt-neuf) – restait où il était, agitant maintenant son parapluie en fronçant les sourcils de toutes ses forces vers le sol, comme s’il pensait qu’il pouvait y mettre le feu juste en le regardant. La pensée lui vint que s’il le voulait vraiment il pourrait probablement le faire et elle se retrouva à cligner des yeux de surprise. Elle n’avait pas voulu penser ça ! D’où cette pensée était-elle venue ? Brusquement elle se trouva à penser que ça ne servait à rien de s’inquiéter à propos des pensées aléatoires qui traversaient son esprit de manière inattendue et qu’elle devrait commencer à penser à quelque chose d’autre immédiatement. Ce qu’elle fit.
   Elle s’obligea à reporter son attention sur le catalogue à l’écran, certaine qu’il lui faudrait bien plus que ce nain de jardin sorti de nul part et son chapeau stupide pour retenir son intérêt.

   Soudain le petit homme cessa de l’ignorer (Mince ! Pourquoi est-ce qu’elle le dévisageait de nouveau ?) et leva la tête. Le froncement de sourcils était parti comme s’il venait juste d’appuyer sur un interrupteur, et à sa place était apparu le sourire édenté – non, la grimace – d’un enfant de 7 ans montrant avec bonheur à sa mère quelques vers de terre qu’il avait trouvé dans le jardin.
   ‘Je cherche un livre,’ dit-il.
   Elle garda le contact visuel et tenta la pause de quatre secondes complètes, levant un sourcil ironique au milieu de la troisième seconde pour qu’il n’y ait aucune confusion sur ses facultés. ‘Et bien, dans la mesure où nous sommes dans une bibliothèque,’ répondit-elle avec une acidité précisément mesurée, ‘et dans les faits, non pas une simple bibliothèque, mais la plus grande, la plus complète de toutes les bibliothèques en tout lieu et en tout temps, dans la mesure où notre catalogue lui-même couvre deux équateurs internationaux et qu’un Monorail Hypersonique est nécessaire simplement pour faire le tour de la section détective ; considérant que chaque livre de chaque type jamais écrit dans toute l’histoire, dans tout l’Univers connu, est stocké dans ces locaux ; en ayant tout ça en tête, puis-je me permettre du suggérer que vous êtes probablement venu au bon endroit ?’
   La grimace d’enfant idiot s’élargit davantage – ça n’était plus simplement quelques vers mais probablement aussi une souris morte dans une bouteille de lait. ‘Dans ce cas vous avez Massacre sur Deltherus 5 : le compte-rendu définitif de l’extermination du dernier des Deltherons par les Drakoids de Dave Hittenstall ?’
   ‘Vous m’excuserez, je l’espère, si je n’ai pas retenu le stock entier, constitué, dans les faits, de chaque mot jamais écrit par un être pensant. J’étais en congé hier.’
   ‘David était un être pensant la plupart du temps. Ce qui veut dire que vous devez avoir son livre. ‘
   ‘Bloc 4300B, 2348e étage, cabinet 45, 2e étagère du haut. C’est juste sur le pôle donc prenez un manteau.’ Pour sa grande joie, il sembla surpris. ‘J’ai dit que je n’avais pas retenu le stock entier… essayez de m’avoir demain.’
   Il sourit à nouveau, ôta son chapeau (est-ce qu’il a fait ça sans enlever les mains de la poignée de son parapluie ? Non, ça serait de la folie !’ et tourna vivement les talons.
   Elle le laissa faire un pas en direction des cabines de transfert. ‘Bien sûr c’est une zone restreinte. Donc il n’y a aucune chance pour vous d’être autorisé à le lire, le voir, où même à vous tenir dans son environnement proche.’
   Le pied resta suspendu dans les airs. Puis, avec une dextérité comique, il le fit descendre avec son parapluie et se retourna pour lui faire face. C’était comme regarder un genre de comédie musicale, se dit-elle – sauf qu’elle ne savait pas ce qu’était une comédie musicale. D’où ces pensées venaient-elles exactement ? ‘Je me demande’, dit-il, ‘si nous ne pourrions pas trouver un arrangement au sujet des mots « zone restreinte ».’
   ‘Nous avons un excellent département de dictionnaires. Je crois que c’est un endroit très agréable en cette période de l’année.’
   ‘Je pensais plus en termes d’un éventuel arrangement que nous pourrions faire. Rien qu’entre nous.’ La grimace à nouveau et la danse des sourcils. De manière absurde, son chapeau sembla danser aussi de sympathie. Dans d’autres circonstances elle aurait pensé qu’on lui faisait du charme mais ce petit personnage de cartoon excentrique et agité devant elle semblait plutôt suggérer qu’ils fassent l’école buissonnière ensemble et aillent piller un verger.
   ‘Zone restreinte’, entonna-t-elle avec délectation, ‘signifie zone restreinte.’
   ‘Ah ! Je vois que vous avez aussi mémorisé les dictionnaires.’
   ‘Je m’ennuyais un jour – j’ai fait ça pendant la pause déjeuner.’
   ‘C’est vraiment d’une importance capitale que je voie une copie de ce livre. Il se trouve que je sais que vous possédez la seule copie existante.’
   ‘Correct.’
   ‘Et que vos systèmes de sécurité sont si performants que même moi je ne pourrais pas les forcer.’
   Elle dressa un sourcil dans un angle qu’elle jugeait parfait pour l’ironie. ‘Même pas vous.’
   ‘A moins, bien sûr, que j’aie votre permission spécifique et les codes de sécurité nécessaires.’
   ‘Ce qui est absolument hors de question.’
   Alors qu’il se penchait son visage glissa dans l’ombre (quelle ombre? D’où venait cette ombre ?) et pendant un instant ses yeux semblèrent s’enflammer. ‘Des vies,’ grogna-t-il, ‘sont en jeu.’
   ‘Les Deltherons ont été entièrement exterminés par les Drakoids il y a une centaine d’années. Je pense qu’il est peut-être un peu trop tard pour y faire quoi que ce soit maintenant.’
   ‘Les informations contenues dans ce livre-’
   ‘Sont restreintes.’
   ‘Sont vitales pour moi.’
   ‘Je ne vois pas pourquoi.’
   Il sourit à nouveau, mais c’était un sourire triste cette fois. ‘Disons simplement que je suis un docteur de l’histoire.’
   Elle sourit, d’une manière parfaitement calculée pour informer les gens qu’ils se montraient prétentieux. ‘Vous voulez dire que vous l’étudiez.’
   ‘Je veux dire que je la rend meilleure.’ Et elle soutint son regard. Quelque chose de curieux dans ces yeux…

   Pendant un vertigineux instant, elle le crut. Elle sut qu’il avait vraiment besoin du livre, elle sut qu’elle pouvait totalement le croire, elle sut que des vies étaient en jeu et que seul cet improbable rejet de comédie musicale pouvait faire la différence.
   Elle se retrouva à chercher dans les codes d’autorisation les protocoles complexes qui arracheraient le livre de son étagère à l’autre bout du monde, le jetteraient dans l’hypertube, et le feraient tomber sur le bureau devant elle. Alors que ses doigts volaient sur le clavier sensitif, elle souhaita simplement qu’il n’était pas trop tard, priant de ne pas avoir volé trop de temps à cet étrange petit homme…
   Sa main s’immobilisa sans qu’elle ne sache pourquoi. Music Hall ? Encore le Music Hall? Bon sang, qu’est-ce que c’était qu’un Music Hall et pourquoi devrait-elle penser à…
   Mon Dieu ! Elle retira brusquement sa main du clavier. Oh Seigneur ! Elle annula frénétiquement la demande et inversa les protocoles. Elle se sentit trembler suite au choc soudain de la compréhension, effrayée de savoir que celui qu’elle avait reconnu maintenant se tenait derrière le comptoir, en face d’elle. Elle se força à regarder de nouveau le petit homme au pull affreux et à l’épouvantable parapluie.
   Elle ne l’avait jamais rencontré avant, bien sûr, et il ne ressemblait pas à ce qu’elle avait imaginé. Mais  c’était lui. Et, Dieu lui vienne en aide, elle avait failli ne rien remarquer !
   ‘Quelque chose ne va pas ?’ demanda-t-il.   
   Elle calma la vague de panique qui s’apprêtait à l’envahir. Ok, donc c’était lui. Bon sang ! se dit-elle. Elle avait toujours su qu’il pourrait venir ici – ça avait toujours fait partie des possibilités. Elle pourrait le gérer si elle pouvait s’accrocher à quelque chose. Regarde-le simplement dans les yeux, se dit-elle, et réfléchit, ‘Et alors ?’. Mieux encore, imagine que c’est ton mari – ton mari la nuit même où il est parti !
   Elle le regarda de nouveau, droit dans ses yeux brûlants, et elle ne se déroba pas un instant. ‘Je veux que vous compreniez,’ dit-elle, et sa voix ne tremblait pas le moins du monde, ‘que quoi que vous fassiez, quoi que vous tentiez, quel que soit le petit plan que vous avez en tête, il n’y a pas la plus petite chance que vous soyez jamais autorisé à vous tenir près de ce livre. Est-ce bien clair ?’
   Il releva la tête vers elle avec un air surpris absolument jouissif. Il avait même l’air blessé.
   Elle profita pleinement du moment, puis ajouta à voix basse, ‘Je sais qui vous êtes.’
   ‘Vous le savez ?’ demanda l’ESTC.

 

A SUIVRE...



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Continuity Errors - Partie 2
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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 10:16

Publiée dans le Storybook 2007 - Traduction non officielle.

 

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Gravestone House 01  Gravestone House 02 Gravestone House 03 Gravestone House 04 Gravestone House 05 Gravestone House 06 Gravestone House 07 

  Gravestone House 08 Gravestone House 09 Gravestone House 10 

 

 FIN

 

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 07:26
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